Little Nightmares 2
Console : Playstation 4
Studio : Tarsier Studio
Editeur : Namco Bandai
Date de Sortie : 12 Février 2021
Genre : Plateforme 2D

Qu’est-ce qu’un cauchemar ?

La réponse à cette question est un vaste sujet de discussion qui n’est évidemment pas le but de cet article. Selon moi, il faut retenir les points suivants : Un cauchemar est une représentation distordue de la réalité et de ses habitants, qui n’a souvent ni commencement, ni réel dénouement et peut chez certaines personnes être récurrent. Ce qui est également certain, c’est qu’un cauchemar n’est pas à prendre au premier degré et nécessite un travail d’interprétation pour en saisir le sens.

Tarsier Studio est une équipe de développement indépendante basée en Suède. En 2017, ce studio encore relativement inconnu décroche un partenariat avec l’illustre éditeur Namco Bandai afin de distribuer leur projet intitulé Little Nightmares. Le jeu bénéficie de toute la force de frappe de l’éditeur qui mise fort sur l’ambiance spéciale et glauque de ce titre.

Dans le premier Little Nightmares, on incarne Six, une jeune fille portant un ciré jaune qui évolue dans un complexe souterrain nommé « The Maw » (littéralement « La Gueule »). Elle va arpenter ce lieu sinistre pour y découvrir une structure malsaine et viscérale ainsi que les personnes qui en sont responsables ainsi que « The Lady », la responsable. Je reste volontairement vague pour ne pas gâcher des surprises si vous n’y avez pas encore joué.

Le jeu est très bien reçu par le public grâce au soin particulier mis dans la narration par l’environnement du jeu, son rythme et ses personnages inoubliables. Le jeu n’est pas très long, et est complété par deux extensions qui permettent de mieux saisir l’univers sinistre et organique de Little Nightmares. Pour ma part, j’avais eu un réel coup de foudre pour ce titre dont la direction artistique et le storytelling m’inspirait terriblement. J’avais trouvé l’expérience rondement menée et bien que tout n’était pas compréhensible durant la partie, ce que j’ai vécu me satisfaisait totalement dans un premier temps, avant de me ruer sur les théories en ligne.

Si vous faites un tour sur Youtube, vous pourrez vous rendre compte que l’univers mystérieux et subtile de ce jeu (ainsi que son spin-off sur mobile nommé Very Little Nightmares proposant quelques indices supplémentaires) déchaînent les passions des théoriciens qui scrutent et comparent chaque millimètre des différents tableaux du jeu pour en comprendre la structure et les règles. Il faut savoir que ces jeux distillent les éléments de compréhension de cet univers de manière extrêmement discrète et délicate.

Nouveau contexte et nouveau personnage

Près de quatre années plus tard, Tarsier Studio remet le couvert avec Little Nightmares 2. La formule du jeu est la même, on y incarne un enfant nommé Mono qui va arpenter les rues et immeubles de « Pale City », une ville fantôme et mystérieuse dont les habitants ont l’air tous captivés par les écrans de télévisions devant lesquels leurs visages distordus et effrayant restent hypnotisés.

Alors que dans le premier opus, les occupants des lieux exposaient leur relation malsaine avec la nourriture qui les rendait fous et agressifs, un schéma a l’air de se créer dans le fait de découvrir des humains et leurs violentes addictions. Ce premier degré de lecture présente clairement une dénonciation de la société de consommation en masse, qu’il s’agisse de la nourriture (et en particulier la consommation de viande et toute la barbarie qu’elle implique) ou dans le cas présent le rapport aux écrans (et la perte du libre arbitre qu’ils provoquent).

Mono n’est pas seul dans son aventure, dès les premières minutes de jeu nous libérons un personnage détenu dans la cabane d’un chasseur. Ensemble, les deux personnages vont explorer cet univers tout en coopérant sur la résolution des énigmes et certains affrontements contre des ennemis.

Le jeu ici propose une mécanique de coopération et de déplacement en se tenant par la main directement héritée du jeu Ico. Même si j’ai apprécié le fait que mon binôme fasse preuve d’initiatives pour m’économiser certaines redondances dans les trajets, je regrette que le fait de pouvoir appeler le personnage et de le prendre par la main ne reste finalement qu’un ajout esthétique. Contrairement à des jeux de Fumito Ueda (Ico, The Last Guardian) ou de Josef Fares (Brothers : A Tale of Two Sons ou A Way Out) qui propulsent le lien avec l’autre est au centre du Gameplay pour faire ressentir des émotions liées à la dépendance, Little Nightmares 2 peine à faire se sentir responsable et impliqué de son partenaire.

Une progression cauchemardesque

Le premier Little Nightmares avait quelques problèmes liés à la profondeur de champ et aux déplacements du personnage dans l’espace, provoquant des accidents de parcours très frustrants. Ces problèmes sont à nouveau bien présents dans la suite, voire encore plus énervant à certains passages. De plus, cette suite apporte une dimension supplémentaire au jeu en proposant un peu plus d’action. Contrairement à Six, Mono peut se saisir d’objets traînant dans le paysage, tels que des haches ou des marteaux afin de se battre lors de quelques scènes d’action. Malheureusement, ces passages sont très mal équilibrés et frustrants car les contrôles du personnage ne permettent pas une maîtrise suffisamment précise du personnage. Le résultat fait que mes victoires me donnaient davantage l’impression d’avoir eu de la chance qu’une réelle maîtrise de mes mouvements.

Fondamentalement, ce sentiment de danger et de chance s’inscrit convenablement dans l’ambiance dangereuse du titre. Il y a des pièges partout avec généralement très peu de signaux permettant de les éviter, exacerbant la brutalité de cet univers. Bien que scénaristiquement ce soit un postulat solide, manette en main, la frustration se fait de plus en plus forte, surtout lorsqu’il faut refaire une dizaine de fois le même passage.

Une histoire moins accessible

L’opus précédent, malgré les situations grotesques et déconcertantes, proposait des tableaux et un parcours qui s’ancrait dans un tout cohérent et homogène. Cette suite laisse un sentiment d’avoir vécu une aventure moins concrète, qui se perd dans des passages totalement insensés et cauchemardesques, plus en accord avec le titre du jeu. Cependant, le voyage provoque un sentiment d’incompréhension et d’insatisfaction plus important que le premier dont un premier niveau de compréhension se suffisait.

Evidemment, une fois l’aventure finie, je suis allé voir les fameuses vidéos de théories sur le jeu pour m’apercevoir que toutes les scènes avaient un sens et une cohérence dans la construction d’un récit torturé et complexe. Mais j’ai d’autant plus regretté que le jeu nécessite de creuser autant pour en saisir toutes les subtilités, un peu plus d’éléments de compréhension auraient été bienvenus à mon sens.

Cette frustration est d’autant plus forte car la mise en scène et les plans de caméras sont extraordinaires et percutantes. Certaines séquences sont si puissantes et impressionnantes, que j’ai trouvé dommage de ne pas avoir toutes les clés en main pour comprendre ce qu’il s’y passait.

Contrairement à un jeu tel qu’Inside de PlayDead, qui est également une forte inspiration au jeu de Tarsier Studio et dont l’histoire était muette et totalement basée sur l’interprétation, Little Nightmares 2 propose un univers riche et des personnages notables. Il existe notamment des BD qui approfondissent l’univers de ce jeu, preuve que finalement l’interprétation est moins bienvenue qu’elle n’y paraît.

Tout comme dans un cauchemar, le jeu n’a pas d’introduction et propose une réalité distordue et inquiétante. Tout comme un cauchemar, il y un réel besoin d’interprétation et de réflexion pour saisir ce qu’on y voit.

Une direction artistique extraordinaire et une ambiance saisissante

Des visuels et animations de toute beauté.

Une panoplie de personnage hauts en couleur et inoubliable.

Une bande son diablement efficace

Une mise en scène époustouflante

Un premier niveau de lecture dénonciateur et percutant

Des contrôles toujours approximatifs frustrants

Un ajout de scènes de combat peu intuitives

Une succession de scènes qui manquent cruellement d’explications si on ne prend pas le temps de se renseigner

Bien que le contexte, l’homogénéité et les clés de compréhension de Little Nightmares premier du nom m’ont davantage marqué, cette suite a le mérite de proposer une aventure familière mais différent en osant proposer de nouvelles choses.

L’univers se complexifie davantage grâce à cet opus qui régale fortement les théoriciens qui offrent des interprétations passionnantes sur ce qu’est le réel enjeu derrière Little Nightmares 2 et son lien fondamental au 1. Est-ce une suite ? Est-ce une préquelle ? C’est vous qui décidez.

De mon côté, même si j’ai été moins convaincu, je reste toujours extrêmement réceptif au travail de Tarsier et la conception de ce monde si particulier. J’accueillerai toujours avec un grand enthousiasme de nouvelles aventure dans cet univers que ce soit sous forme d’extension téléchargeable à cet opus, ou sous forme d’un potentiel Little Nightmares 3 un jour.

Un jour on fera une collab' pour faire LittleBigNightmares 😀

Bonne nuit !

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