Les Carnets de l'Apothicaire
Volume 1
Les Carnets de l'Apothicaire
Auteur : Itsuki Nanano & Nekokurage
Editeur : Ki-oon Seinen
Date de Sortie : 21 janvier 2021
Genre : Historique / Suspense
Big Découverte

La sortie du manga Les Carnets de l’Apothicaire est un événement majeure de l’année pour l’éditeur Ki-oon. Fortement encensé sur les réseaux sociaux par des communautés de lecteurs l’ayant déjà découvert dans sa version originale, ce titre était particulièrement attendu en français. Il s’agit de l’une des adaptations en manga d’un roman à succès paru au Japon.

La publication d’un manga au Japon se fait par chapitre par chapitre, de manière habituellement hebdomadaire ou mensuelle dans des magasines prévus à cet effet. Le volume sortira une fois que suffisamment de chapitres sont pré-publiés. Contrairement à ce modèle de publication atypique, un tome d’un roman paraît généralement lorsqu’il est prêt à être édité. De ce fait, son auteur peut se permettre d’ajouter une infinité de nuances et de détails dans la mise en place de son contexte et la construction de son récit, sans avoir à se soucier d’une potentielle fidélisation des lecteurs à chaque chapitre publié. C’est pourquoi j’étais très curieux de lire ce premier volume pour voir comment cette adaptation saura accrocher le lecteur avec son premier chapitre – et son premier volume – comme souhaité par l’industrie du manga pour fidéliser le lecteur, tout en respectant la densité d’un roman.

Une longue introduction

En Chine impériale, Mao Mao est une jeune fille de 17 ans qui a une formation d’apothicaire. Elle travaille au quartier des plaisirs jusqu’au jour où elle se fait enlever et vendre comme esclave dans le quartier des femmes du palais impérial. Ses compétences vont faire d’elle un élément de compréhension essentiel dans un véritable festival de mystères et de complots, de meurtres et de cachoteries.

Comme je l’imaginais, ce premier volume entier fait office d’incipit. Il prend le temps nécessaire pour présenter un contexte précis et des personnages intrigants. Il ne démarre donc pas sur les chapeaux de roue comme d’autres œuvres. Le tome parvient cependant à se terminer sur une ouverture très intrigante qui présage un développement très intéressant.

Un rythme agréable calqué sur une héroïne atypique

L’adaptation en roman ayant imposé le fait d’introduire le contexte sur tout un tome permet à l’histoire d’imposer son rythme très particulier. Les informations sont détaillées et distillées avec précision. Ce soucis du détail est également présent dans les moments où Mao Mao se sert de ses compétences d’apothicaire pour confectionner des recettes. Elles paraissent tout à fait plausibles et réalisables.

Ce rythme particulier fait également écho au tempérament et au pragmatisme de Mao Mao. L’histoire est vécue à travers ses yeux et ses pensées, et elle ne manque pas une occasion pour analyser et juger les situations et personnages qu’elle rencontre. Présentée comme étant très intelligente, elle inspire la confiance et l’envie de se fier à son jugement vis-à-vis des événements auxquelles elle offre une seconde lecture grâce à ses pensées.

Ses pensées et sa répartie acérée et intelligente offrent un ton très particulier à cette œuvre. Elle a une capacité d’auto-dérision et des réactions comiques qui parviennent à désamorcer certaines tensions. Ce contraste entre le contexte des événements et le ton imposé par son héroïne est très intéressant et participe à forte identité des Carnets de l’Apothicaire.

Des personnages ambigus

La protagoniste, invite donc le lecteur à se fier à son instinct afin de ressentir la même méfiance envers d’autres personnages tels que Jinshi. Ce dernier est entouré de mystères. Sa fonction et ses intentions sont très vagues et ambiguës. Il donne clairement l’impression d’être mêlé aux pires des complots, mais son comportement le rend attirant. Ses traits doux soutiennent son apparence physique proche de l’androgynie. Je rappelle que l’intrigue se passe dans un quartier principalement peuplé de femmes, l’apparence de Jinshi peut donc très facilement être interprété comme celle d’un loup déguisé et caché entre les moutons pour mieux les observer, les manipuler et les dévorer.

D’autres personnages sont introduits dans ce premier volume. Le rapport qu’entretient Mao Mao et la confiance qu’elle leur accorde continuent de guider la perception du lecteur, et je pense que c’est réalisé de manière très habile. L’odeur de trahison et de complot qui flotte dans l’air créée un sentiment d’insécurité, même vis-à-vis de personnages présentés comme inoffensifs. La confiance de Mao Mao, et donc du lecteur, semble être fragile et potentiellement victime de trahison à tout moment.

Un style visuel conventionnel

L’ambiance particulière de ce volume est très finement portée par des dessins très précis et expressifs. Bien qu’ils ne soient pas des plus originaux, voire plutôt conventionnels, ils sont maîtrisés et offrent une lecture agréable. Les cases ne sont pas surchargées mais disposent d’un très beau travail sur les décors et les détails. J’ajouterai que le découpage possède par moment un brin de folie qui met particulièrement en valeur le contenu des cases, sans jamais nuire à la lisibilité.

Malgré cette qualité dans le traitement graphique, j’ai néanmoins été relativement déçu par le character design, et plus particulièrement celui de l’héroïne qui présente selon moi une dissonance entre l’intention du roman et celui du manga. Dès les premières cases, Mao Mao est décrite dans le texte comme n’étant pas une « belle femme », notamment à cause de ses tâches de rousseur, sa corpulence très fin et sa petite poitrine. Cependant, le traitement visuel du personnage est fait de manière à correspondre aux canons du genre standardisés dans les mangas, au détriment de la cohérence avec le propos. Le premier contact avec une œuvre se fait généralement par la couverture et celle de ce premier volume y propose une belle jeune femme aux traits fins, difficile d’être d’accord avec la description qui en faite dès le premier chapitre.

 

Page de l’œuvre sur le site de l’éditeur

 

Une ambiance particulièrement réussie.

Des personnages haut en couleur qui intriguent.

Une grande précision dans l’écriture et la mise en place de l’univers.

L’aspect éducatif des techniques et recettes d’apothicaire détaillées.

Des dessins conventionnels mais très efficaces.

Une très belle édition proposée par Ki-oon.

Une adaptation d’un roman qui implique un premier volume qui prend son temps pour installer le récit.

Difficile de se faire une réelle idée du potentiel réel du manga à la lecture de ce seul tome.

Mao Mao est représentée visuellement de manière très belle, mais est décrite comme n’étant pas « une belle femme » dans le texte, cela provoque une rupture dans la cohérence qui m’a dérangé.

Ayant été convaincu par des lecteurs qui ont déjà lu plusieurs volumes des Carnets de l’Apothicaire en VO. L’histoire décolle réellement et devient absolument haletante dans le prochains volumes. Je fais confiance à ce jugement et lirai la suite avec grand plaisir. Néanmoins, la majorité des lecteurs francophones ne sont pas entourés de connaisseurs de l’œuvre en version originale, voire de lecteurs du roman. C’est pourquoi j’ai trouvé que ce premier tome est à double tranchant. Son rythme particulier et la lenteur de sa mise en place sont nécessaires et intéressantes mais elles pourraient en dérouter certains. Mais je pense qu’il s’agit typiquement d’une œuvre qui doit se savourer sur la longueur.

J’aurais adoré voir de vraies dorures sur la couverture pour mettre en valeur le côté impérial, mais ce n’est que ma coquetterie personnelle qui parle.

Finalement, j’ai été très intrigué – et plutôt convaincu – par cette introduction et je me réjouis beaucoup de découvrir la suite des péripéties de Mao Mao dans le volume 2 qui sort le 4 mars.

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