Grand Blue
Volumes 1 & 2
Auteur : Kenji Inoue & Kimitake Yoshioka
Editeur : Meian
Date de Sortie : 23 février 2021
Genre : Comédie / Tranche-de-vie

Le Grand Bleu est un film sur la plongée sorti en 1988, réalisé par Luc Besson. Jean Reno y incar… Ah attendez on m’appelle... Comment ça ce n’est pas cette oeuvre que je dois critiquer ? Hein, mon blog n’est même pas censé parler de films ?! Attends, je vérifie… Manga, BD, Jeux vidéo et Fi… Ah oui non effectivement, oups...

Bon, je vais me chercher une bière et on retente le plongeon !

Out of the blue

J’avoue que je ne connaissais pas Grand Blue. J’ai été emporté par la vague provoquée par la propagande presque agressive des fans de la version originale qui militaient sur les réseaux sociaux pour une sortie en France. Un véritable tsunami d’enthousiasme a frappé le paysage du manga francophone quand les éditions Meian ont annoncé l’acquisition de la licence et une parution simultanée des deux premiers tomes pour février 2021. Je me suis donc laissé porté par le courant et me suis procuré aveuglément le début de cette série dont je ne connaissais que le nom.

Grand Blue est une œuvre comique qui raconte la nouvelle vie d’Iori, étudiant d’une vingtaine d'années, qui emménage dans une ville au bord de la mer pour se rapprocher de son université. Il va vivre chez son oncle qui tient une boutique de plongée avec ses filles. Ce lieu fait également club pour les universitaires qui s'intéressent à cette activité. Manque de chance, Iori a une peur bleue de l'eau, il ne sait pas nager. Il va se faire enrôler de force dans le club par ses membres qui savent se montrer très persuasifs. Ses nouveaux camarades vont lui faire découvrir les joies de la vie communautaire et les soirées arrosées qui finissent généralement mal (et nu).

En apnée

Le premier volume commence par une courte introduction qui permet de prendre la grande inspiration nécessaire pour se préparer au rythme effréné des situations absurdes qui vont s’enchaîner à toute vitesse. Après une dizaine de pages de lues, je riais déjà à gorge déployée, ce qui ne m’était pas arrivé depuis bien longtemps devant un manga.

Cette ambiance totalement décalée et débauchée de vie communautaire s'installe donc dès le premier chapitre. Le personnage d'Iori, qui paraît très prudent et sérieux au premier abord, tombe rapidement le masque pour révéler son caractère tout aussi excentrique que celui de ses camarades et sa tendance à mal finir ses soirées, généralement ivre mort (et nu).

Quelques oasis

Quelques rares moments m’ont donné l’impression qu’il s’agissait réellement d’un manga sur la plongée et non uniquement d'une suite d’occasions pour une bande de joyeux lurons pour festoyer dans l’excès (et nus!). Paradoxalement, ce sont les moments où les personnages sont dans l’eau que le lecteur peut respirer. D'ailleurs, ils ne sont jamais autant habillés que quand ils sont équipés de leurs combinaisons de plongée. Leur passion pour cette activité est belle et offre des scènes touchantes de sérénités qui contrastent forcément avec les beuveries et les farces qui animent le reste des pages. Ces passages permettent également d’en apprendre davantage sur cette activité, notamment le matériel, les techniques à utiliser, ce à quoi il faut faire attention. J'ai beaucoup apprécié cet aspect instructif.

Les persos nagent

“Une bande d’idiots !” Telle est la description très pertinente des personnages de Grand Blue sur le bandeau promotionnel entourant le premier volume. L'autodérision est omniprésente. Chaque personnage correspond à un archétype dont le comportement va être fortement exacerbé afin de renforcer les nombreuses scènes comiques. Ils sont cependant tous cohérents dans leur incohérence et restent crédibles. Bien que leurs actions et réactions soient extrêmes, elles sont toujours en accord avec la construction des personnages.

La grande majorité des scènes drôles est portée par le duo de choc Kotobuki et Tokita. Inséparables, très intenses, et tout aussi impudiques, ils malmènent Iori en le propulsant dans toutes les situations coquasses imaginables. Pourtant, ce dernier ne se laisse pas impressionner et en redemande (même s'il finit nu).

Pour équilibrer la surreprésentation d’hommes loufoques, très musclés (et nus), les sœurs Chisa et Nanaka sont ont davantage les pieds sur terre. Cependant, leur comportement moins excentrique sert aussi de catalyseur pour les scènes comiques. Leurs réactions contrastent de manière souvent très drôle avec l'absurdité des situations. J’émets, pour le moment quelques doutes, quant à la fascination qu’entretient Nanaka pour sa petite sœur Chisa, mais j’imagine que c’est une petite graine scénaristique plantée en début de récit pour fleurir dans un futur volume, sachant qu'à l'heure où j'écris ces lignes, 16 volumes sont parus au Japon. Pour rester dans le thème des relations particulières, l’auteur montre des signes d’attirance de la part d'Iori pour ces deux filles qui sont, aux dernières nouvelles, ses cousines.

J’ai adoré l’évolution du personnage d’Iori qui, au lieu d’essayer de nager à contre courant, se laisse totalement emporter par la vague de folie de ses camarades. Ces derniers se permettent eux-même de constater sa vitesse d’adaptation impressionnante. Il est comme un poisson dans l'eau, au milieu de cet océan de pitreries.

Une édition fluide

Les éditions Meian offrent une fois de plus de superbes ouvrages, très agréables à parcourir avec le soin habituel porté sur la jaquette : texture matte avec vernis sélectif sur le logo, de toute beauté ! La présence de magnifiques pages couleurs est aussi fortement apprécié !

Je souhaite également souligner le travail de traduction et d'adaptation que j’ai trouvé sans failles. Les personnages s’expriment de manière cohérente et naturelle. Ils utilisent des expressions de notre époque de manière appropriée. Ce genre de choix crée toujours le risque de paraître démodé le jour où ces expressions seront considérées comme passées de date, mais aujourd’hui cette traduction est très actuelle, pertinente et bienvenue.

C’est vraiment très drôle

Une découverte intéressante du monde de la plongée

Des personnages uniques et attachants

Des dessins efficaces et expressifs

Une traduction et une adaptation exemplaires

Une banalisation de l’ivresse et de la surconsommation d’alcool qui aurait mérité un avertissement

Des relations ambiguës dans un cadre familial

L’accent porté à la plongée est encore très faible pour un “manga sur la plongée”

J’ai tellement ri en lisant les deux premiers volumes de Grand Blue que les livres me sont presque tombés des mains à plusieurs reprises. L’humour explosif fait mouche grâce à cette fine équipe de personnages totalement décalés.

Les personnages aiment beaucoup plonger dans l’eau, mais ils devraient songer à en boire aussi de temps en temps pour équilibrer avec les litres d’alcool qu’ils consomment au fil des chapitres. Les beuveries amènent nécessairement des situations cocasses et drôles, mais le titre pourrait en profiter pour sensibiliser aussi les lecteurs à la modération, notamment les plus jeunes.

Finalement, je me rappelle encore avec nostalgie de cette époque révolue où se réunir entre amis et faire la fête était encore légal. En publiant Grand Blue en 2021, en pleine crise sanitaire qui s’éternise depuis plus d’une année, les éditions Meian nous consolent en nous offrant un plongeon dans un monde où les relations sociales et les fêtes ne sont pas reléguées au rang de souvenir.

L’alcool est à boire avec modération, mais Grand Blue est à lire sans !

 

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