Chiruran
Volume 3
Auteur : Shinya Umemura & Eiji Hashimoto
Editeur : Mangetsu Shonen
Date de Sortie : 18 août 2021
Genre : Action / Historique
Little Critique

Le Tournoi des Samuracailles

Concernant ce tournoi annoncé dans le tome précédent, mes attentes étaient très hautes. Le scénariste de Chiruran est aussi l'esprit derrière la série Valkyrie Apocalypse qui présente l'un des tournois les plus démesurés de l'histoire des mangas. L'annonce d'un tournoi dans un manga est souvent stigmatisé et accusé de manque d'inspiration car un enchaînement de combats dans un décors unique peut potentiellement permettre aux auteurs de "se reposer" (avec des immenses guillemets) et de prendre de l'avance sur le développement du récit. Mais ce scénariste est un virtuose du concept de tournoi, d'où la hauteur de mes attentes, mais également de mes craintes que les 5 combats annoncés ne s'éternisent sur trop de tomes.

Je fus donc parfaitement ravi de découvrir des combats expédiés en un chapitre chacun, juste suffisants pour prouver la valeur et la puissance de nos racailles féodales préférées. La structure des duels démarrant sur un rapide flash-back pour appuyer les motivations des personnages m'a paru familière, mais le dénouement expéditif fut une vraie surprise.

Ce tome sert donc de jauge permettant de comparer les aptitudes des compagnons de Toshizô. Ce sont des guerriers extrêmement puissants et habiles, et c'est à partir de ce postulat ainsi que l'arrivée de nouveaux adversaires qu'il nous sera possible de nous rendre compte de l'intensité des affrontements à venir.

J'ai particulièrement aimé l'ironie narrative du duel de Shinpachi. Étant lui-même le narrateur de l'histoire durant ses vieux jours, il était donc parfaitement évident que ce duel à mort ne lui serait pas fatal. Cela donne une lecture assez décontractée du premier affrontement après le changement de règles imposé par Matsudaira : les sabres en bois sont remplacés par des vrais lames tranchantes et létales. La tension d'un duel sensé être particulièrement dangereux se retrouve désamorcée par ce que nous savons en tant que lecteur et offre un angle de lecture très intéressant et original.

Le tome se termine sur l'arrivée d'un nouveau personnage et d'un rebondissement qui annonce une suite très mouvementée.

Des duels courts et précis servant de jauge pour ancrer la puissance de nos personnages dans le récit.

L'ironie dramatique du duel de Shinpachi.

Des dessins de plus en plus beaux.

Beaucoup de noms et de personnages rendent la lecture un peu confuse par moment.

Pauvre Toshizô qui n'aura pas pu se battre dans ce tournoi !

Ce tome 3 présente un tournoi rapidement expédié, mais de manière tout à fait originale. Il a permis de mieux situer l'immense puissance des camarades de Toshizô, bien que ce dernier soit malheureusement resté sur la touche.

Je n'ai qu'une envie : voir tous ces personnages mettre en pratique leurs incroyables aptitudes au combat dans la suite de leurs aventures.

 

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LBD

Bonjour Spade, merci infiniment de prendre le temps de participer à cet article avec moi. Pour commencer, saches que ça me tient à cœur car je suis particulièrement impressionné par ton travail. Est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots aux lecteurs de l’article ?

spAde

Tout d’abord merci, ça me touche que tu apprécies mon travail. Je m’appelle Tom «spAde» Bertrand, j’ai 30 ans. Je suis graphiste freelance pour différentes maisons d’éditions de manga pour lesquelles je réalise des couvertures / logos et des lettrages. J’ai tout récemment rejoint le Blackstudio, qui est un collectif de graphistes et traducteurs parmi les meilleurs, sinon les meilleurs sur le marché et je suis donc d’autant plus fier d’en faire maintenant partie.

LBD

Tu as visiblement beaucoup de cordes à ton arc. Est-ce que tu as suivi une formation dans le graphisme ou l’illustration ? Si oui, où ça ?

spAde

Oui, bien sûr ! J’ai suivi mon cursus à l’atelier d’Arts Appliqués (l’aAA), une très bonne école de graphisme qui se trouve à Angers, dans le Maine et Loire, qui comprenait un BTS en communication et médias imprimés précédé d’une année préparatoire en arts appliqués. J’y ai étudié le graphisme de manière général en passant de l’édition à la publicité, tout en explorant la typographie ou encore l’illustration. J’ai fait ces études pour mettre à profit ma passion : la création artistique. Elles ont été pour moi la poursuite d’un apprentissage autodidacte vers une professionnalisation.

LBD

En tant que graphiste moi-même et grand fan de manga, je conçois que ton travail doit faire fantasmer beaucoup de personnes qui se lancent dans le graphisme. Comment es-tu arrivé dans ce milieu ?

spAde

J’ai l’impression que ce métier reste encore méconnu, non ? Il faut dire que c’est un peu un métier de l’ombre. Un logo ou un lettrage est souvent considéré comme une évidence sur un manga, et on pense rarement aux artistes / graphistes derrière. On les remarque souvent lorsqu’il y a quelque chose qui cloche ou qui ne rend pas bien. Pour ma part, je suis ravi et m’épanouis à travailler dans le manga. A dire vrai, c’est un peu par hasard si j’y ai débarqué. J’ai tout simplement postulé chez Akata, qui m’a répondu de suite, et la machine s’est lancée. J’ai toujours voulu travailler dans le domaine de l’édition tout en sachant que c’était un secteur relativement bouché. Finalement mon métier combine deux domaines que j’affectionne particulièrement, l’édition et le manga. Que demander de plus?

LBD

Étais-tu un fan de manga avant d’arriver dans le milieu de l’édition ? Si oui, quels sont quelques-uns de tes titres favoris ?

spAde

J’ai toujours eu une appétence pour le manga. Enfant, je regardais déjà les animés à la télé sans savoir que ça venait du Japon, j’étais un fan de Digimon. Sans parler du merveilleux studio Ghibli ou encore les films poétiques de Makoto Shinkai. Je pense que c’est l’animation qui m’a amené vers le manga papier. Je ne suis pas pour autant un dévoreur de manga mais j’aime cibler mes lectures sur des genres qui m’intéressent plus. J’adore l’incontournable Death Note ou encore Hellsing, Fairy Tail, l’Attaque des Titans. J’ai adoré Erased chez Ki-oon ou encore The Promised Neverland chez Kazé. Généralement j’aime lorsqu’il y a une intrigue ou un mystère qui plane. En ce moment c’est l’Atelier des sorciers qui me transporte.

LBD

J’ai vu qu’en plus de Mangetsu tu collabores aussi avec les éditions Akata, Chattochatto et Pika. Est-ce que depuis l’arrivée de Mangetsu, tu continues à travailler en mode électron libre avec différents éditeurs, ou est-ce tu deviens un peu plus le graphiste «in house» de Mangetsu ?

spAde

Comme, je te le disais, j’ai commencé à travailler pour Akata puis j’ai cherché à développer mon activité auprès d’autres maisons d’éditions et depuis je collabore avec Chattochatto et Pika. Martin du Blackstudio, déjà en relation avec Sullivan, est venu me chercher pour me proposer de réaliser les couvertures de Mangetsu. Ce qui, je ne te le cache pas, remplit bien mon emploi du temps. Pour autant, je m’occupe également d’une bonne partie du catalogue d’Akata que ce soit au niveau des couvertures ou des lettrages. Même s’il serait plus simple de concentrer mon activité sur une seule maison d’édition, pour une question de planning par exemple, je prends beaucoup de plaisir à travailler avec l’équipe d’Akata qui m’a donné l’opportunité de mettre un pied dans ce milieu, et pour cela je leur serai reconnaissant longtemps. Ce qui me plaît également, à travailler avec différentes maisons d’éditions, c’est la pluralité de genres que je peux découvrir et sur lesquels je peux apporter ma touche perso. C’est un challenge de sans cesse se renouveler en fonction des œuvres très éclectiques et en fonction des directeurs éditoriaux.

LBD

Je suis curieux de découvrir ton workflow, comment se passe un projet type pour la création d’un «logo-titre» d’une série ? Quelles sont toutes les étapes entre le brief initial et le rendu du projet ?

spAde

C’est une vaste question ! Généralement l’éditeur me fait une proposition de projet en me délivrant un cahier des charges. Ensuite, il me fournit les fichiers sources, puis je commence à travailler. Je peux me documenter lorsque le sujet est très ciblé, par exemple pour réaliser le logo de Freaks’ Café, je me suis inspiré des devantures et des enseignes de bistrot, de café. Je n’ai, bien entendu, pas qu’une méthode pour créer un logo. En fonction de la tonalité voulue, de mon inspiration, je vais le traiter différemment. Je peux le réaliser numériquement à la tablette graphique, à l’aide de polices de caractères ou encore le faire à la main pour donner un aspect traditionnel, c’est le cas sur Keiji qui est fait au pinceau et à l’encre ou encore sur Avec Toi que j’ai dessiné aux pastels. Et puis, j’aime varier les techniques, tout en étant attentif à ce qu’il s’inscrive dans son époque. Comme les logos de manga sont souvent très stylisés, je dois être vigilant à ce qu’ils ne soient pas passés de mode. L’idée c’est de réaliser, autant que faire se peut, un logo pérenne. D’ailleurs, l’appellation logo pour un titre de manga n’est pas dénuée de sens car il deviendra la marque de la série. Il doit donc pouvoir vivre seul et sur les supports de communication, en plus de dialoguer avec les illustrations des jaquettes. En fonction de mon inspiration et/ou de la demande du mandataire, je peux fournir plusieurs propositions, qui seront retravaillées, remodelées. Il y a toujours des allers-retours pour livrer un logo qui répondra au mieux à la demande. Et puis, dans tout ça, il y a aussi une part de subjectivité et de sensibilité de chacun. Une fois qu’un logo et sa jaquette sont validés par l’éditeur, c’est aux ayant-droits japonais de donner leur feu vert.

LBD

Est-ce que tu lis un extrait du manga pour t’inspirer, ou le brief du mandataire te suffit ?

spAde

Généralement le brief est suffisant car il indique déjà la tonalité du projet. En fait lorsque je réalise la couverture ce n’est pas rare que le lettrage ne soit pas encore réalisé. C’est donc difficile d’y avoir accès. Le plus simple c’est quand je fais les deux, à la fois le lettrage et le logo. Ça me donne la possibilité de lire le manga d’une certaine façon, comme pour «Avec Toi» de Keiko Nishi par exemple. À la différence, pour la collection Junji Ito, le travail est assez particulier, notamment parce qu’il faut créer une direction artistique cohérente. J’ai donc fait en sorte de lire certaines de ses nouvelles et de ses œuvres phares pour saisir au mieux l’ambiance de cet auteur.

LBD

Personnellement, je suis allergique aux briefs «carte blanche» dans le graphisme, je préfère recevoir des consignes très précises de la part de clients qui savent ce qu’ils veulent. Et toi ?

spAde

Ça dépend, lorsque certains projets m’inspirent d’office je préfère avoir carte blanche, tandis que d’autres, qui me semblent plus complexes, nécessitent un brief plus précis. Mais généralement, je préfère avoir un certain champs de liberté pour ne pas me sentir étriqué dans la création. Par exemple, sur «La Métamorphose» de Bargain Sakuraichi chez Akata le brief était assez simple : une ambiance littéraire, ce qui m’a laissé une bonne marge de manœuvre. Après, même sans brief particulier, le travail sur les jaquettes comporte déjà en soi des contraintes. Il faut composer avec l’illustration de la couverture, et proposer un logo qui est en cohésion avec les couleurs de la jaquette et la position des protagonistes. Le brief est surtout utile pour ne pas être complètement à côté de la plaque et que le logo entre en adéquation avec le fond et la forme de l’œuvre.

LBD

Quel est le logo-titre dont tu es le plus fier visuellement dans ta carrière ? Personnellement je trouve ce que tu as fait pour Chiruran vraiment magnifique, mais aussi celui de Butterfly Beast, à paraître un peu plus tard cette année chez Mangetsu.

spAde

Forcément, j’en préfère certains à d’autres. Je dois dire que je suis particulièrement fier du travail réalisé pour «Kanon au bout du monde» de Kyô YONESHIRO chez Akata. Au delà de la création du logo, c’était aussi sa mise en place et le travail de composition des jaquettes qui a rehaussé le tout. Celui de Chiruran, qui a bénéficié d’une bonne visibilité, me plaît aussi beaucoup bien entendu. C’est d’ailleurs la première fois que j’ai eu d’aussi bons retours des ayant-droits japonais, qui souhaitaient s’en servir pour leur animé ! La consécration ! Un autre logo d’un titre qui va sortir chez Pika mais que je ne peux pas dévoiler est vraiment chouette aussi… Surprise !

LBD

Lors d’un live sur Twitch de Mangavore qui avait invité une bonne partie de l’équipe Mangetsu, j’avais entendu une anecdote très intéressante de la part de Sullivan Rouaud, le directeur de collection, concernant la création du logo-titre de Chiruran. Est-ce que tu pourrais la partager avec les lecteurs ?

spAde

Sans trop dévoiler les coulisses de la production, c’était durant un moment de rush où j’avais 4 logos à réaliser en une semaine. Je crois bien que le stress d’une deadline courte a stimulé ma créativité. J’ai proposé comme première idée le logo de Chiruran, qui a toute suite tapé dans l’œil de Martin et ensuite de Sullivan. C’est quelque chose qui fait vraiment plaisir quand ça se passe de cette manière, parce que tous les logos ne sont pas validés comme ça du premier coup.

LBD

As-tu déjà eu des projets que tu as trouvé très compliqués ? Peu inspirant pour toi ou techniquement difficile à réaliser ?

spAde

Oui, tous les projets ne sont pas inspirants de la même manière. Sur certains, je sais d’office ce que je vais faire alors que sur d’autres je tâtonne un peu plus. D’ailleurs, il y a une contrainte qui revient assez régulièrement c’est de passer d’un titre VO à la verticale à un titre VF à l’horizontale. Ce n’est pas toujours évident sachant que les illustrations peuvent être pensées selon le placement du logo original. En fait, il y a tout un éventail de données à prendre en compte, le placement, la couleur, la densité/taille etc… tout ça doit vivre sur l’illustration.Par exemple sur Aime Ton prochain aux éditions Akata, j’ai un peu galéré car je trouvais l’illustration trop vide. Après plusieurs essais et en prenant du recul, je me suis dit, je recommence tout à zéro et finalement, je suis très content du rendu final.

LBD

Il me semble que tu as des projets personnels artistiques en dehors de ton travail, est-ce que tu veux en parler en quelques mots ?

spAde

À côté de ma profession de graphiste, je suis sur des projets de manga, à la fois au scénario comme au dessin. En fait, ça m’a toujours plu de raconter des histoires, d’imaginer des aventures, et le média du manga est un bon instrument pour ça. Je réalise également des peintures sur toile à mes heures perdues.

LBD

spAde, encore merci de m’avoir accordé un peu de ton temps. As-tu une dernière chose à ajouter aux futurs lecteurs de Chiruran ?

spAde

J’espère qu’ils apprécieront l’œuvre dans son ensemble autant que nous avons apprécié travailler dessus, car c’est une série qui a un gros potentiel ! A bientôt ! Merci pour tes questions, j’espère que ça aura intéressé tes lecteurs. J’aimerais également remercier les éditeurs avec qui je travaille, pour leur confiance et pour les super projets qu’ils me confient, et aussi parce qu’ils ont le soucis de mettre en avant leurs prestataires, ce qui fait toujours chaud au cœur ! À la prochaine et lisez des mangas !

LBD

J’ai hâte de découvrir tes prochains projets ! A tout bientôt !

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